Quand les brebis réinventent la viticulture 

  • Agroécologie
  • Cuma
  • Faire bouger l'agriculture
  • Pratiques agricoles
  • Transition agroécologique
  • Vie coopérative
  • Viticulture

Publié le

Face aux défis du changement climatique et de la conjoncture viticole, de plus en plus d'exploitants explorent des pratiques agroécologiques. Au Château Boutinet, l'approche est doublement innovante : engagement en agriculture biologique et intégration d'un troupeau de moutons, le tout optimisé par l'esprit collaboratif de la Cuma de L'Union.

Jérôme Depoizier et son épouse ont acquis le Château Boutinet en 2011. L’exploitation familiale, initialement structurée autour de 10 hectares de vignes, 10 hectares de prairies, et 10 hectares de forêt, s’est rapidement orientée vers la durabilité. Après un passage officieux au bio en 2013, la certification en agriculture biologique est officielle depuis 2020.

Le rôle-clé des brebis pour l’équilibre du vignoble

Pour Jérôme Depoizier, la conversion au bio ne suffisait pas : il fallait réintroduire l’équilibre au cœur du vignoble. Il y a deux ans, le choix s’est porté sur l’élevage ovin afin de valoriser les prairies laissées en friche.

« Nous avons décidé d’introduire des moutons pour pâturer dans les vignes l’hiver et aller dans les prairies le reste du temps, développant de fait un atelier viande et reproduction », explique le vigneron. Le choix s’est porté sur la race Southdown, une race rare en voie de disparition en France, ajoutant une dimension de conservation à son projet.

L’impact de l’éco-pâturage est multiple et bénéfique pour la gestion durable des sols :

La Cuma, pilier d’une exploitation à taille humaine

Malgré la volonté d’autonomie, l’investissement dans le matériel agricole reste un obstacle majeur. La solution pour Jérôme Depoizier réside dans son adhésion à la Cuma De L’union.

L’adhésion à la Cuma (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole) répond à un triple besoin :

  1. Performance économique : Elle permet l’accès à du matériel performant sans avoir à supporter l’intégralité du coût. « Un tracteur correct, c’est 65 000 €. Un outil de travail de sol correct, c’est minimum 15 000 €. » En Cuma, cet investissement est mutualisé.
  2. Sécurité opérationnelle : La Cuma offre de la souplesse et permet de pallier à un problème mécanique sur le matériel de l’exploitation grâce à la possibilité de récupérer rapidement un tracteur ou un outil de rechange disponible dans le parc matériel de la Cuma, un point crucial en agriculture biologique où le travail du sol ne peut attendre.
  3. Lien social : L’avantage principal, selon l’exploitant, est aussi humain. « C’est bien d’être dans sa propriété, mais si c’est pour ne voir personne du matin au soir, c’est chiant aussi. Ça permet de créer du lien. »

Un soutien indispensable : l’accompagnement de la fédération des Cuma de proximité

L’efficacité du modèle Cuma est étroitement liée à l’accompagnement et au soutien technique et stratégique offert par les structures départementales. La Fédération des Cuma Gironde et Lot-et-Garonne joue un rôle essentiel dans le succès et la pérennité des coopératives comme la Cuma De L’union. Elle intervient notamment pour aider les adhérents à structurer leurs projets d’investissement, en fournissant des études économiques pour garantir la rentabilité des achats de matériel (comme le couple tracteur et outils de travail du sol pris à la Cuma de L’Union). La Fédération assure également un appui juridique et administratif, crucial pour la bonne gestion de la coopérative, ainsi que la formation des responsables. Enfin, elle est un acteur clé pour faciliter les démarches de financement et garantir que les Cuma, qu’elles soient axées sur la viticulture, l’élevage, les grandes cultures…disposent des outils et du savoir-faire nécessaires pour une agriculture moderne et durable.